Esthétique orthopédique

une fois par an, tous les ans
Il dit «Vous pouvez marcher ?»
il dit pire
il dit «Marchez pour moi»
et dans des chaussures mal mesurées déjà trop étroites avec des talonnettes en lièges mal contrecollées je marche, ça sent presque le poppers et ma peau s’écrase contre les parois, c’est fascinant comme c’est laid : il faut savoir le dire

alors, je marche en regardant mes pieds, je fais trois pas, c’est trop près, je tourne, je fais trois pas, c’est trop serré, je tourne, je recommence, je fais trois pas,
je suis soudainement claustrophobe, je tourne,
je tourne,
il dit, encore, «Marchez pour moi»
je saute

(Extrait d’Esthétique orthopédique, en cours d’écriture)

C’est à partir de là que j’écris. Pas depuis la guérison, pas depuis le soin, pas non plus avec le handicap comme métaphore mais davantage avec le glissement, le manque, l’excès. J’écris avec la douleur comme sonar, avec le déséquilibre comme chorégraphie, avec la maladresse, le ridicule et la honte comme méthode. Une langue bricolée, instable, située et adressée. J’emprunte à la critique d’art crip son goût pour la friction : rendre visible ce qui se dérobe, prendre soin des angles morts.


Développement
Résidence d’écriture à Est-Nord-Est (Saint-Jean-Port-Joli, Québec), octobre & novembre 2026.
Résidence de recherche performative, 3bisF (Aix-en-Provence), juin 2027.

Premières occurences
La chambre des empêchements, Atelier Flemme (Montreuil), sur une invitation et en collaboration avec Anaïs Ang, 27 avril 2025.
Parcours Nord-Est d’Art Émergence, Ô Léonie (Paris), une proposition d’Aurélie Faure, Anouck Lemarquis et Anaïs Leroy, 1 novembre 2025.