ESTHÉTIQUE ORTHOPÉDIQUE


"une fois par an, tous les ans
Il dit «Vous pouvez marcher ?»
il dit pire
il dit «Marchez pour moi»
et dans des chaussures mal mesurées déjà trop étroites avec des talonnettes en lièges mal contrecollées je marche, ça sent presque le poppers et ma peau s’écrase contre les parois, c’est fascinant comme c’est laid : il faut savoir le dire
alors, je marche en regardant mes pieds, je fais trois pas, c’est trop près, je tourne, je fais trois pas, c’est trop serré, je tourne, je recommence, je fais trois pas,
je suis soudainement claustrophobe,
je tourne,
je tourne,
il dit, encore, «Marchez pour moi»
je saute.
(...)"
(extrait, texte en cours)
C’est à partir de là que j’écris. Pas depuis la guérison, pas depuis le soin, pas non plus avec le handicap comme métaphore mais davantage avec le glissement, le manque, l’excès. J’écris avec la douleur comme sonar, avec le déséquilibre comme chorégraphie, avec la maladresse et le ridicule comme méthode. Une langue bricolée, située et adressée. Une langue collective.
J’emprunte à la critique d’art crip son goût pour la friction puisqu’il est question ici de rendre visible ce qui se dérobe, d’ouvrir vers mes propres angles morts.
Il s’agit d’écrire depuis la proximité physique et émotionnelle avec des œuvres, non pas pour les analyser à distance, mais davantage pour les laisser contaminer ma langue, ma corporalité et en faire émerger une écriture incarnée, sensorielle.
Je m’intéresse à la manière dont certaines pratiques artistiques crip rendent visibles d’autres modes de perception, d’accès et d’excès. Depuis des proximités et des amitiés artistiques j’explore comment la littérature peut faire acte de curation, comment l’écriture peut accueillir, déformer et traduire la rencontre avec des artistes et des œuvres.
Un projet littéraire comme fabriquer des prothèses narrative au travers d’un ensemble de textes habités de correspondances, de notations et de gestes performatifs.
Occurrences
*La chambre des empêchements, Atelier Flemme (Montreuil), sur une invitation et en collaboration avec Anaïs Ang, 27 avril 2025.
*Parcours Nord-Est d’Art Émergence, Ô Léonie (Paris), une proposition d’Aurélie Faure, Anouck Lemarquis et Anaïs Leroy, 1 novembre 2025.
Développement
*Résidence d’écriture à Est-Nord-Est (Saint-Jean-Port-Joli, Québec), octobre & novembre 2026.
*Résidence de recherche performative, 3bisF (Aix-en-Provence), juin 2027.
"once a year, every year
He says, “Can you walk?”
he says worse
he says “Walk for me”
and in badly fitted shoes, already too narrow, with poorly laminated cork heel lifts, I walk.
It almost smells like poppers and my skin is crushed against the walls. It’s fascinating how ugly it is: you have to know how to say it
so I walk looking at my feet, I take three steps, it’s too close, I turn, I take three steps, it’s too tight, I turn, I start again, I take three steps,
I suddenly feel claustrophobic,
I turn,
I turn,
he says, again, “Walk for me”
I jump.
(...)"
(extract, work in progress)
This is where I write from. Not from healing, not from care, nor with disability as a metaphor, but rather from slippage, lack, excess. I write with pain as sonar, imbalance as choreography, awkwardness and ridicule as method. A cobbled-together, situated, addressed language. A collective language.
I borrow from crip art criticism its taste for friction, because what is at stake here is making visible what eludes us, opening onto my own blind spots.
The project is about writing from a physical and emotional proximity to artworks—not in order to analyze them from a distance, but rather to let them contaminate my language, my corporeality, and allow an embodied, sensory form of writing to emerge.
I am interested in the ways certain crip artistic practices make other modes of perception, access, and excess visible. From artistic proximities and friendships, I explore how literature can perform an act of curation, how writing can receive, distort, and translate encounters with artists and artworks.
A literary project that seeks to fabricate narrative prostheses through a body of texts inhabited by correspondences, notations, and performative gestures.
Manifestations
*La chambre des empêchements, Atelier Flemme (Montreuil), invited and in collaboration with Anaïs Ang, April 27, 2025.
*Parcours Nord-Est d’Art Émergence, Ô Léonie (Paris), proposed by Aurélie Faure, Anouck Lemarquis, and Anaïs Leroy, November 1, 2025.
Development
*Writing residency at Est-Nord-Est (Saint-Jean-Port-Joli, Québec), October–November 2026.
*Performative research residency, 3bisF (Aix-en-Provence), June 2027.
FILER DROIT

J'oscille d’un pied à l’autre, d’un bord à l’autre, m’amuse de la navigation, du déséquilibre.
Je vais m’asseoir et me relever. Encore.
Ça ne se sera pas une métaphore qui dirait tenir bon.
Coucouchepanier
Au jeu du déséquilibre, je suis bon perdant.
La charade demande encore
Comment gagner en perdant à chaque fois ?
marcher comme dans garder tête dans caisson de basses
Comme dans
chauffer et savoir qu’un refroidissement soudain provoque la fêlures
Je peux, un temps ignorer la techno gabber alarmante et en image mentale HD
danser en déséquilibre arrière
Heureusement que la colère précède
A toute fin utile
quand commence la déviation ?
Comment écrire ce qui tremble, ce qui dévie, ce qui refuse ? Filer droit est une recherche langagière et corporelle, une exploration partant du refus d’un apprentissage à « bien se tenir », et prend racine dans le passage concomitant de l’enfance à l’adolescence, de la validité à l’identité de personne handicapée, du silence policé au choix de la parole comme action directe.
Occurrences
*Congrégations, (Saint Ouen) / 26 mai 2024
Diversorium, La ferme du Buisson (Noisiel)
27 septembre 2024
*Festival de Marseille, Théâtre de la Criée
(Marseille) / 29 juin 2025
I shift from one foot to the other, from one side to the other, enjoying the swaying, the imbalance.
I’ll sit down and stand up again. Again.
It won’t be a metaphor that says “hold on tight.”
Coucouchepanier
In the game of losing balance, I’m a good loser.
The charade still asks:
How can you win when you lose every time?
Walking as if keeping your head inside a subwoofer
As in
heating up and knowing that a sudden chill causes cracks
I can ignore the alarming gabber techno
in HD mental imagery
dancing off-balance backward
Fortunately, anger comes first
For all intents and purposes,
when the deviation begins?
How can we write that which trembles, deviates, refuses? Filer droit is an exploration of language and the body, starting from a refusal to learn to “behave yourself”, rooted in the transition from childhood to adolescence, from ability to the disabled identity, from controlled silence to the choice of the spoken word as a form of direct action.
Manifestations
*Congrégations, (Saint Ouen) / May 26, 2024
Diversorium, La ferme du Buisson (Noisiel)
September 27, 2024
*Marseille Festival, Théâtre de la Criée
(Marseille) / June 29, 2025
HORS-CHAMP
Performance piège / Trap performance

Il pourrait y être question d’identités assignées puis revendiquées ou de transmission de savoirs situés – d’une tentative de démantèlement de modèles inopérants, de corps soustraits aux regards. Il pourrait être question d’un désir non-exhaustif et de revanche.
Ma voix, en off, déclame. Mais jamais je ne monte sur scène.
Occurrence
*100% L’EXPO La Villette (Paris) / 8 avril 2023
It might be about identities that are first assigned and then claimed, or the transmission of situated knowledge—an attempt to dismantle ineffective models, bodies hidden from view.
It might be about a desire, not exhaustive, and a desire for revenge.
My voice, off-screen, recites. But I never step onto the stage.
Manifestation
*100% L’EXPO La Villette (Paris) / April 8, 2023